Jack White, Madeleine Peyroux… La sélection musicale de "l'Obs"

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Jack White, Madeleine Peyroux… La sélection musicale de "l'Obs"

Date: 16 September 2016 | 5:05 pm

Le choix de “l’Obs”

♥♥ “Acoustic Recordings 1998-2016”, par Jack White (Third Man/Columbia)

Cet été, Jack White a biologiquement eu 41 ans, âge où l’on découvre les joies des bilans de santé. L’ex-attaquant des White Stripes en a profité pour faire son check-up musical et ses fonds de tiroir, loin des stades de foot où tous les supporters du monde beuglent son “Seven Nation Army” depuis 2003. C’est une façon de continuer à occuper le terrain sans trop se fouler, bien sûr. Une manière aussi de surjouer ce qui est devenu son rôle préféré : celui d’un fils spirituel de Notre Seigneur Bob Dylan et de la grande tradition américaine, qui s’enracine dans le blues rugueux des esclaves et la country rustique des cow-boys. Mais il n’y a pas d’âge pour mettre un peu d’ordre dans ses affaires, surtout quand on est un hyperactif qui a par ailleurs joué avec les Raconteurs et The Dead Weather, sorti deux albums en solo, et fait enregistrer Neil Young, à l’ancienne et à Nashville, dans une cabine monoplace datant de 1947.

Jack White à l’Olympia, prophète électrique du passé

En se retournant sur sa jeunesse, Jack White a dû avoir l’embarras du choix. Plutôt que de compiler des tubes comme dans le premier best of venu, il a tiré la corde de l’unplugged. Il a plutôt bien fait. Ses “Acoustic Recordings” rassemblent 26 titres. Parmi eux, on retrouve quelques bijoux sépia des White Stripes comme la berceuse grinçante de “Sugar Never Tasted So Good”, la presque sautillante “Apple Blossom”, ou le folk-punk énergique de “Hotel Yorba”, mais aussi des versions alternatives ou des inédits comme le lancinant “City Lights”, qui devait initialement figurer sur “Get Behind Satan” (2005).

Le résultat est une traversée des genres les plus increvables (“Top Yourself” dans une version bluegrass, “Effect and Cause” sur un blues balancé comme le “Honky Tonk Women” des Stones, “Carolina Drama” sur fond de country), un voyage dans le temps qui ramène aux alentours de 1970 (ici, on croit entendre la voix plaintive de Robert Plant, et là, le murmure du Lou Reed de “Pale Blue Eyes”).

On découvre surtout, dans le dépouillement des arrangements, les mélodies d’un songwriter à la McCartney, capable de glisser des réminiscences de “Black Bird” (la descente en picking de “Never Far Away”) ou la rythmique de “If I Needed someone” (sur “As Ugly as I Seemed”). Rien de follement nouveau, c’est sûr, mais ce garçon-là sait faire sonner une guitare ; et le son d’une bonne guitare est hors du temps. Grégoire Leménager

Jazz

♥♥♥♥ “Countdown”, Joey Alexander (Membran)

Il a 13 ans, à présent. A-t-il progressé, le jeune Joey Alexander, prodige du jazz indonésien, dont nous avions salué l’apparition l’an dernier, tout auréolée de l’enthousiasme de Herbie Hancock, de Wynton Marsalis, et du bassiste Larry Grenadier, qu’on retrouve avec plaisir ici (surtout dans “Countdown”, de Coltrane) ? Oui certes : le son est plus beau, le silence reprend des droits qu’il avait peut-être abdiqués, installant des respirations bien venues. Le swing est encore plus souple qu’auparavant – et la technique pianistique plus ferme. Sur neuf plages, trois sont des compositions originales. Disons qu’elles fonctionnent bien, et servent de fondement à des chorus inventifs, parfois irrésistibles de charme et de finesse.

Mais ce qui est prodigieux, c’est ce que le jeune Alexander apporte à ses partenaires, notamment son batteur Ulysses Owens Jr. On dirait qu’il les fait bouillonner. Ils réagissent au quart de tour, attrapent au vol ses idées, comme s’ils n’attendaient que cela depuis des années et disaient : enfin ! Jacques Drillon

Classique

♥♥♥♥ “Beethoven : intégrale des quatuors à cordes”, par le Quatuor Belcea (8 CD Alpha)

On ne connaît pas plus longue courbe, dans la carrière d’un compositeur, que celle des quatuors de Beethoven – si ce n’est celle que décrivent ses sonates ! Du classicisme impeccable des premiers jusqu’à l’abstraction complète des derniers, explosés, écorchés. Beethoven commence comme Ingres, et finit comme Fautrier. Les Belcea ont hérité des Berg, dont ils furent les élèves, la somptuosité sonore, la pureté de la ligne, la solidité de la construction. On peut leur préférer des ensembles plus râpeux ou plus fous (Talich, par exemple). Mais pour l’apollinien, ils sont un peu là ! J.Dr.

Jazz Folk

♥♥♥ “Secular Hymns”, par Madeleine Peyroux (Impulse !/Universal)

Il y a vingt ans, son premier album avait valu à la jeune Américaine bohème d’être comparée à Billie Holiday ! Effrayée par la naissante renommée, la chanteuse s’était éclipsée huit ans, avant d’enregistrer à nouveau, cette fois-ci sous la houlette du producteur Larry Klein, évoquant des parallèles avec Joni Mitchell. L’an passé, accompagnée d’un bassiste et d’un contrebassiste, Madeleine donne un concert dans une chapelle de campagne près d’Oxford qui sonne si bien que le trio décide d’y graver un album en public.

Dix cantiques profanes où Peyroux revisite Willie Dixon, Tom Waits, Townes Van Zandt, Allen Toussaint ou Linton Kwesi Johnson. Sensualité écorchée, spiritualité souterraine. Un blues intime et dépouillé. Alléluia. François Armanet

Chanson

♥♥ “L’Ankou”, par Melissmell (Discograph/Pias)

Dans l’imaginaire breton, l’Ankou incarne la mort. “L’Ankou” donne son titre à l’album de Melissmell – elle a beaucoup écouté Noir Désir. Son disque n’est pas facile d’accès : les textes sont troubles, denses, noirs, punks, grinçants, et la musique, d’un rock rageur. Le tout fascine, finalement. Surtout “le Chant des éclairés”, cette diatribe sur nos souffrances ; en particulier “Adieu”, une litanie qui pourrait durer des heures.

Pour “le Pendu”, Mélanie Coulet baisse d’un ton pour donner l’ordre de pendre Dieu. Les gens en colère devraient s’y retrouver. Sophie Delassein

C’est raté

“And the Anonymous Nobody”, par De La Soul (Aoi Records).

“And the Anonymous Nobody” n’est pas le premier retour de De La Soul. Le groupe new-yorkais avait explosé entre 1989 et 1991 avec son rap “flower power” teinté d’optimisme hippie et son deuxième album, “De La Soul Is Dead”. Puis les années 1990 ont avancé sans lui. En 2000 et 2001, son excellent diptyque “Art Offcial Intelligence” avait déjà des allures de come-back. En 2004, “The Grind Date” a séduit, principalement grâce au tube “Rock Co.Kane Flow”. Mais le rap va vite, et les rappeurs vieillissent mal. Ce neuvième album le prouve à nouveau. Il oscille entre un groove boisé de brocanteur et des tentatives fourbues de fusion rock hip-hop, avec des apparitions embarrassantes de David Byrne (de Talking Heads) et Damon Albarn.

A 47 ans, Posdnuos, avec sa voix lisse et sautillante, reste un bon rappeur, mais ses textes ont l’air de sortir d’une soirée d’improvisation slam dans un bar à smoothies. David Caviglioli

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