Réunion sous haute tension à l'Elysée pour sauver Alstom Transports

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Réunion sous haute tension à l'Elysée pour sauver Alstom Transports

Date: 12 September 2016 | 4:58 am

S’agit-il du nouveau Florange ? Le groupe industriel Alstom Transports a annoncé la semaine passée le transfert d’ici 2018 de la production et la conception de trains de son site historique de Belfort vers celui de Reischshoffen, en Alsace. Il ne doit rester à Belfort que la maintenance, soit une cinquantaine d’employés sur plus de 500 actuellement.

Et il n’y pas de doute sur la gravité de la décision. Même si Alstom a décroché cet été un contrat de 2,2 milliards d’euros aux Etats-Unis, l’entreprise a perdu de nombreux marchés ces dernières années. La vente d’Alstom Energie à General Electric (GE) a aussi fragilisé la solidité capitalistique du groupe.

A quelques mois de la présidentielle, la perspective de casse sociale d’un ancien fleuron industriel national ne laisse pas indifférente la classe politique. Les précédentes campagnes avaient d’ailleurs fait du site sidérurgique d’Arcelor Mittal à Florange – qui connaissait des difficultés – un théâtre d’affrontement idéal. Belfort sera-t-il le dossier emblématique de 2017 ?

De vives réactions

L’annonce n’est pas passée inaperçue.

“Ces annonces brutales sont très étonnantes”, a jugé Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie et des Transports, dont la région Poitou-Charentes abrite elle-même un site du groupe.

“Inacceptable”, a déclaré Arnaud Montebourg, ancien ministre du Redressement productif, de l’Economie et du “Made in France”, qui avait suivi de près le rachat des autres filiales d’Alstom par l’américain GE, et qui dénonce aujourd’hui le laisser-faire de l’Etat.

“Est-ce qu’on sait qu’au mois de juillet, la SNCF vient d’acquérir 44 locomotives allemandes !”, s’est-il indigné.

Justement, son successeur au ministère de l’Economie, Emmanuel Macron, qui est aussi son potentiel concurrent dans la course à l’Elysée, avait déclaré aux salariés de Belfort en mai dernier :

“Notre objectif, c’est zéro licenciement chez Alstom Transport”.

Aujourd’hui il fulmine : “Pour bien connaître le dossier, la décision qui a été prise et le calendrier annoncé ne sont pas acceptables et pas conformes aux engagements qui avaient été pris par l’entreprise. Il convient de retourner à la charge sur ce point. On a accompagné cette entreprise sur le territoire de Belfort, on a pris parfois des décisions difficiles, je pense qu’il n’est pas convenable aujourd’hui d’annoncer ce qui a été annoncé hier.”

Le dossier n’est pas que clivant à gauche. “Quand je pense au ministre de l’Économie, monsieur Macron, entre sa visite au Puy du Fou, les photos de vacances et sa démission, imaginez ce que doivent penser les ouvriers d’Alstom à qui il avait promis solennellement qu’il les aiderait et qu’il les sauverait. Il est parti. Il n’a rien fait, c’est désolant”, s’est délecté Nicolas Sarkozy, qui n’a pas manqué de souligner qu’il avait, lui, sauver l’entreprise lorsqu’il était ministre des Finances.

Une négociation imposée

L’exécutif a bien conscience de l’enjeu de Belfort. “Nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom, à condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle”, a déclaré Manuel Valls dimanche.

“Tous les jours, nous nous battons pour qu’Alstom gagne des marchés, notamment au plan international et européen, a rappelé le Premier ministre. Nous connaissons bien sûr cette situation, nous savions les faiblesses qui pouvaient exister sur le site de Belfort.”

Dès jeudi, le secrétaire d’Etat à l’Industrie Christophe Sirugue et le ministre de l’Economie Michel Sapin ont convoqué à Bercy le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge. Ils “lui ont fait part de leur incompréhension du caractère soudain et non concerté de cette annonce.” La direction de l’équipementier assure qu’elle va proposer aux 400 salariés des transferts vers d’autres sites du groupe. Mais l’Etat, qui détient 20% semble bien décidé à ce que la meilleure solution soit adoptée, en lui imposant une phase de négociation préalable.

Le maire de Belfort, Damien Meslot, a écrit à François Hollande pour lui demander d’intervenir. En plus du chef de l’Etat et du chef du gouvernement, sont présents à l’Elysée ce lundi matin Michel Sapin, Christophe Sirugue, ainsi que le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies.

DH

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