Claude-Jean Philippe, une mémoire du cinéma s'éteint

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Claude-Jean Philippe, une mémoire du cinéma s'éteint

Date: 11 September 2016 | 4:19 pm

Amoureux du septième art, l’homme a partagé sa passion sur les ondes de France Culture, d’Antenne 2 puis de France 2 pendant plus de vingt ans. Il s’est éteint ce 11 septembre 2016, à 83 ans.

Télévision, radio, littérature… Un seul et simple support n’aurait pas suffi à Claude-Jean-Philippe pour exprimer sa passion dévorante du septième art. Une passion telle qu’il pouvait se faire aisément l’avocat du cinéma, même dans les situations les plus désespérées, comme Jacques Tati le lui avait d’ailleurs fait remarquer. Cet amour viscéral, Claude-Jean Philippe l’a nourri dans les salles obscures du Maroc, pendant son enfance, puis celles de France.

Cinéphile incontestable, cet ancien élève de l’IDHEC (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques) a certes réalisé et produit des documentaires et émissions pour le petit écran mais c’est surtout son approche didactique du cinéma qui l’a rendu célèbre. Ainsi, dès 18 ans, à Casablanca, l’homme a créé son premier ciné-club. «J’étais déjà très péremptoire!» a-t-il ainsi commenté, plein de malice, en 2012 sur les ondes de France Culture à l’occasion d’une série radiophonique, À voix nue, qui lui était consacrée. Cette appétence pour la transmission de son savoir ne l’a donc jamais quitté.

«Il y a des films dont vous faites le tour. Et les autres. Comme la femme que vous aimez, ils ne cesseront jamais de vous surprendre», avait-il coutume de déclarer. C’est sûrement la raison pour laquelle ce passeur n’avait jamais cessé de parler encore et toujours de cet amour que l’on comparaît souvent avec celui de Bernard Pivot pour les livres. Animateur du Cinéma des cinéastes, une émission hebdomadaire sur France Culture de 1976 à 1984, il a également œuvré sur Antenne 2 puis France 2 à la tête de Ciné-Club» où il a présenté plus de 1000 films pendant deux décennies, jusqu’en 1996. Il prenait également régulièrement la parole au cinéma L’Arlequin à Paris et y déroulait ses arguments pour conter le cinéma à travers les innombrables films qui l’avaient marqué. De Jean Renoir à qui ‘il avait consacré une biographie en œuvres jusqu’à Jean-Luc Godard. Adepte de tous les genres cinématographiques, il vouait tout de même une préférence pour quelques réalisateurs comme Woody Allen, Stephen Frears ou encore Aki Kaurismaki.

«Claude-Jean Philippe était de ceux pour qui il n’y avait pas de vieux films, mais des oeuvres qui parlent à tous, quelle que soit l’époque de leur réception. Les lunettes sur le front, en 5 mn à la fin d’Apostrophes, il a ouvert avec gourmandise et érudition à des générations de téléspectateurs une fenêtre sur des mondes infinis. En créant en 1976 le Cinéma des cinéastes sur France Culture, il a poursuivi cette voie qui, 40 ans après, reste toujours aussi essentielle: faire entendre la voix de ceux qui font le cinéma», a commenté Antoine Guillot, producteur de Plan Large sur France Culture, qui lui rendra hommage sur la station samedi prochain. Pour Gilles Jacob, ancien directeur du festival de Cannes, Claude-Jean Philippe a montré, analysé, défendu, promu, ce que l’on appelle, pour faire court, le bon cinéma.

De son côté, la ministre de la culture Audrey Azoulay a déclaré «qu’il avait fait du cinéma le roman de sa vie. Amoureux éperdu du 7e art, il en était le fidèle chevalier servant. La petite musique du Ciné-Club sur Antenne 2 a convié bien des générations au banquet des meilleurs films du monde. À la radio, sur France Culture, au cinéma parisien de l’Arlequin pour son rendez-vous du dimanche matin, celui qui disait «avoir une vocation de spectateur» a nourri et façonné la passion française pour le cinéma».

Ce monsieur cinéma du petit écran et de la radio a aussi fait ses preuves en littérature en signant plusieurs ouvrages sur Simone Signoret, François Truffaut ou Jean Cocteau. Son image de cinéphile très averti lui a même valu de lister, pour les besoins d’un livre, les 100 films pour une cinémathèque idéale, il y a quelques années. Un parcours si riche qui a fait oublier ses propres réalisations: «Je préférerais que l’on me parle des documentaires que j’ai réalisés pour la télévision, de mes bouquins. Mais il se trouve que mon nom et ma personne sont liés à la culture cinématographique à la télévision».

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