Lordon : "On ne va pas se raconter d’histoire, Nuit debout n’a pas pris"

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Lordon : "On ne va pas se raconter d’histoire, Nuit debout n’a pas pris"

Date: 8 September 2016 | 5:08 pm

Sa parole est aussi discrète qu’elle peut être influente. Très rare dans les médias, Frédéric Lordon a choisi le Bondy Blog pour sortir du silence. Dans un long entretien publié ce jeudi 8 septembre, la figure de proue de Nuit debout revient en détails sur les réussites comme les échecs du mouvement qu’il a contribué à faire naître dans le sillage de la bataille contre la loi Travail.  

Le sociologue rappelle d’emblée “que tous les mouvements insurrectionnels commencent à très petite échelle” et que “le problème pour le pouvoir c’est quand ‘ça gagne’, quand la plaine entière vient à s’embraser”.

Problème : il l’admet lui-même, le mouvement n’est pas parvenu à essaimer comme espéré :

“On ne va pas se raconter d’histoire, le feu n’a pas (ou pas encore) pris.”

Le directeur de recherche au CNRS souligne toutefois qu’une “bonne première réception médiatique” de Nuit debout a permis au mouvement de connaître des débuts réussis. 

“Beaucoup de gens qui étaient loin de l’événement l’ont regardé avec intérêt, et il s’est peut-être passé quelque chose dans les têtes dont nous ne pouvons pas encore mesurer tous les effets.”

L’intellectuel rappelle au passage que “la naissance même de Nuit debout a eu intimement partie liée avec le mouvement social [contre la loi Travail, NDLR] au travers du film ‘Merci patron !’“. 

“Le système est en train de se défendre”

Frédéric Lordon, dont la parole fascine autant qu’elle agace certains, s’en prend ensuite à “tous ces gardiens de l’ordre” qui ont contribué ensuite à inverser la réception médiatique du mouvement. 

“Ça a été une explosion généralisée d’éditoriaux hallucinés […] Il faudrait établir une anthologie de ce qui a pu s’écrire à cette époque, c’est réjouissant de bêtise et de délire. La chose qui a fait disjoncter le système, c’est que nous remettions à l’agenda du débat public ce que tous ces gens se sont efforcés d’en chasser depuis des décennies : la question du capitalisme”, fait remarquer le philosophe.

Frédéric Lordon avance que les violences policières en marge du mouvement, les “violences judiciaires” comme les “violences symboliques d’éditorialistes” illustrent bien à quel point “le système est en train de se défendre”.

“On ne pouvait pas nous donner plus parlante attestation de ce que nous étions dans le vrai !”, poursuit-il.

“Les vrais destructeurs de l’hôpital sont en costumes à l’Elysée”

Quid de la convergence des luttes que Nuit debout n’est pas parvenu à susciter ? S’il reconnaît que quelques tentatives sont restées “embryonnaires”, la “vraie convergence” s’est faite selon lui, aussi petite soit-elle, en “cortège de tête” entre “manifestants tout à fait ordinaires rendus furieux par la violence policière”.

Enfin, Frédéric Lordon minimise les violences qui ont émaillé les manifestations anti-loi Travail – celles de “Mai 68 avaient atteint un “niveau de violence sans commune mesure avec ce que nous avons connu au printemps 2016”, souligne-t-il. Avant de s’en prendre une nouvelle fois au traitement de certains médias :

“BFMTV et France Info sont devenus hystériques parce que cinq vitres de Necker ont été brisées, par un crétin isolé d’ailleurs, quand, incidemment, les vrais destructeurs de l’hôpital sont en costumes à l’Elysée et à l’Hôtel Matignon.”

G.S.

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