Heureuse, malheureuse, nationale… Cette identité qui rend folle la droite

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Heureuse, malheureuse, nationale… Cette identité qui rend folle la droite

Date: 13 September 2016 | 7:48 pm

Alain Juppé se lève, agacé. Ce mardi 13 septembre à Strasbourg, il termine une conférence de presse où il a beaucoup été question – trop à son goût– d’identité. Il aimerait bien, explique-t-il, aux journalistes parler d’autre chose. C’est pourtant bien lui qui a choisi, pour son premier grand meeting de campagne dans la capitale alsacienne, ce thème affiché sur l’invitation envoyée à la presse : “L’identité de la France”. Avec l’espoir, précisent ses proches, de “boucler la séquence” et de développer ensuite ses mesures sur l’éducation ou l’Europe. Pas gagné tant la droite s’excite sur l’identité.

Chez Alain Juppé, elle est “heureuse”. Elaboré en réaction à la thèse du philosophe Alain Finkielkraut sur l’identité malheureuse, le concept est désormais fièrement brandi par le maire de Bordeaux. Mais il précise aussitôt qu’il n’est pas naïf, qu’il n’ignore rien des angoisses des Français, que c’est un “idéal” et que c’est bien le rôle d’un leader politique que de donner une espérance, pas de jouer “les prophètes de malheur”. Comme qui ? Le candidat à la primaire détaille :

“Ce que j’appelle l’identité heureuse, c’est de concilier notre diversité – certains disent qu’il faut se couper de ses racines, mais on meurt si on fait ça ! – et en même temps préserver notre bien commun : l’histoire, la langue…”

Dans son discours, il dresse le portrait d’une France “mosaïque de petits pays” dont il vante “la tradition d’accueil” qu’il veut “garder vivante”. Mais Juppé donne des gages à l’électorat de droite : il entend maîtriser les flux migratoires, conditionner le droit du sol à la régularité de l’un des deux parents, lier le regroupement familial à l’exercice d’un emploi et “refuser avec la plus grande fermeté les tentations communautaristes”.

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“On est malade ou quoi ?”

L’identité, il en est aussi question du côté de Bruno Le Maire – même si l’ancien ministre préfère parler de “culture” – ou encore de Jean-François Copé, l’homme des pains au chocolat.

Il n’est surtout question que de ça chez Nicolas Sarkozy. L’ancien président de la République, qui avait créé le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, parie aujourd’hui qu’il fera la différence avec ses concurrents dans la primaire sur cette question. Lui aussi avait consacré à ce thème son premier grand discours de campagne à Saint-André-lez-Lille le 8 juin dernier – même s’il n’était pas encore officiellement candidat. Cette vision d’une identité qui serait aujourd’hui menacée revient désormais en boucle dans tous ses meetings. Pour la préserver, il faut selon lui réduire l’immigration, prôner l’assimilation plutôt que l’intégration, suspendre le regroupement familial ou interdire le burkini…

“Aujourd’hui on est parti dans une espèce de frénésie”, constate Juppé. “Certains proposent qu’on sorte de la Convention européenne des droits de l’homme ou disent qu’il ne faudrait désormais autoriser que les prénoms Paul, Pierre ou Jacques. On est malade ou quoi ?”, dit-il en levant les yeux au ciel et en visant les dernières déclarations du polémiste Eric Zemmour.

Nicolas Sarkozy lundi 12 septembre 2016 lors d’un meeting à Provins (Seine-et-Marne). (THOMAS SAMSON / AFP)

Garder du “bon sens”

Signe de la fièvre et de la fébrilité à droite sur ce sujet : Juppé réagit au quart de tour lorsqu’on lui parle des “accommodements raisonnables”. Une expression que Nicolas Sarkozy se plaît à répéter, pour dénoncer le prétendu laxisme du maire de Bordeaux face aux communautarismes, même si bien sûr personne n’est jamais cité.

A Saint-André-lez-Lille, l’ancien chef de l’Etat dénonçait ainsi “la douce mélodie des accommodements raisonnables” chantée “y compris à droite”. En meeting à Provins, hier soir, rebelote :

“Je n’accepte pas les compromis prétendument raisonnables avec les extrémistes.”

Dans une interview au “Figaro”, en 2015, Juppé avait utilisé l’expression. “Ne tombons pas dans l’extrémisme et dans la stigmatisation systématique. Il existe des accommodements raisonnables”, disait-il. Il la récuse aujourd’hui, répète qu’il n’est pas question pour lui de s’inspirer de ce concept québécois, mais précise qu’il faut garder du “bon sens”.

Pas question par exemple d’interdire les menus sans porc dans les cantines, dit celui qui propose aux représentants du culte musulman l’adoption d’une “charte de la laïcité” s’il est élu…”Je ne ferai pas de la surenchère”, assure Juppé devant la presse. Quand bien même certains dans son camp voudraient “marcher sur les terres du Front national”, dit-il. Sans citer personne évidemment.

Maël Thierry

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