CINEMA. La chute de la maison Moore

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CINEMA. La chute de la maison Moore

Date: 14 September 2016 | 4:56 am

Michael Moore, désormais, boite. Son film aussi. Depuis 1989, le cinéaste attaque l’Amérique au lance-flammes, critiquant le capitalisme et la malbouffe. Généreux, passionné, aussi opiniâtre qu’une tique normande, drôle, il a transformé la contestation en business, le documentaire engagé en spectacle fun, et l’électorat de Trump (blanc, réac, armé) en coalition de bouffons. Las ! Son nouveau film, “Where to Invade Next ?” est un catalogue de bonnes intentions, de B.A. programmées, d’interviews rose bonbon.

A 62 ans, Michael Moore a-t-il perdu son acidité légendaire ? Autrefois, il mordait au jarret, et ne lâchait pas. Maintenant, il fait le touriste social, avec commentaires amusés et clins d’œil au spectateur. Moore est devenu un Bisounours.

Tout est mieux en Europe !

L’idée de “Where to Invade Next ?” est formidable : depuis la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis n’ont gagné aucune guerre, Corée, Liban, Cuba, Vietnam, Afghanistan, Irak, Somalie, Syrie, même pas la Drug War. Donc, Michael Moore se demande, avec raison, si l’empire américain va en rester là.

Sauf qu’il bifurque, et, en fait, décide de faire un p’tit tour ailleurs, pour voir comment les autres pays fonctionnent. En Italie, il constate qu’il y a huit semaines de congés payés ; aux Etats-Unis, zéro. En France, “pays qui a inventé l’existentialisme et la fellation”, il y a des cours d’éducation sexuelle en classe ; aux Etats-Unis, on prône l’abstinence (autant suggérer à un percepteur de rendre l’argent). En Finlande, on envoie les assassins pêcher le saumon dans des prisons qui ressemblent au Club Med ; aux Etats-Unis, on les viole.

Bref, tout est mieux en Europe : l’éducation, la politique pénale, la sécu, le café et la bronzette. Halte-là, Michael Moore, faut arrêter avec l’optimisme béat ! C’est du cinéma pour la famille Fenouillard, ça !

La star a-t-elle tout dit ?

En 1990, notre homme devenait une célébrité avec “Roger et moi”, charge hilarante contre le PDG de General Motors. Neuf ans plus tard, Moore s’attaquait au chômage, dans “The Big One”. Plus mordants, “Bowling for Columbine” (2002) et “Fahrenheit 9/11” (2004) montraient, documents à l’appui, le business du gun lobby et l’idiotie de la politique de George W. Bush – lequel, en retour, traita Michael Moore de butterball (“gros tas de graisse”). C’était peu élégant, mais pas faux : la silhouette dodue de Moore, sourire angélique, casquette de base-ball, tee-shirt taille XXXL, est désormais célèbre.

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L’homme est une star : ses films et ses livres lui ont rapporté 50 millions de dollars. Mais, paradoxalement, c’est ce succès qui l’assèche : car, de film en film, désormais, on sent que le polémiste se cherche, qu’il a tout dit. La preuve : “Sicko” (2007) se borne à attaquer le système de santé, “Capitalism. A Love Story” (2009) est un brouillon qui mélange tout et ne conduit nulle part, et “Slacker Uprising” (2007) ne sort même pas en salles.

C’est la chute de la maison Moore, évidemment applaudie par ses adversaires avec frénésie, qui l’accusent de mauvaise foi. La mauvaise foi, nous, on aime. Ce qu’on n’aime pas, en revanche, c’est qu’elle s’est émoussée.

Si Trump est élu…

On admire chez Moore sa combativité (aujourd’hui perdue). Il sait mettre le doigt là où ça fait mal : ainsi, scandalisé par la défaite d’Al Gore en 2000 (qui a obtenu 539.898 voix de plus que son adversaire, mais a été retoqué), il met en garde contre la possible victoire de Donald Trump (“Ce clown à mi-temps lamentable, inculte, dangereux et sociopathe”).

L’avantage, si Trump est élu, c’est que Michael Moore aura d’excellents sujets de satire pour nous faire rigoler à gueule ouverte.

Donald Trump est-il fasciste ?

Il est temps de se ressaisir, Michael. Oublions “Where to Invade Next ?”, programme paroissial pour syndicaliste de patronage, noyé dans les vertus cathos – espérance, charité et Technicolor –, et attendons un exercice de Trump bashing qui remettrait en vigueur le slogan de base : Moore aux vaches !

François Forestier

“Where to Invade Next ?”, par Michael Moore, en salles le 14 septembre.

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